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La PME Africaine : entre Affairisme et Richardisme

Par L'Impulsion des PME, Partenaire SME Toolkit Bénin & Sénégal

Quand on évoque les possibilités de développement en Afrique, ce continent qui plus que les autres aura besoin de sa jeunesse, on ne peut pas oublier la contribution des petites et moyennes entreprises. Les dragons de l’Asie ont assuré leur développement à partir de la Petite et Moyenne Entreprise. En Afrique la PME existe mais elle est tout sauf actrice de développement ! Voici une ouverture sur les freins au décollage de la PME Africaine.

 

Ils doivent être les vrais acteurs du développement mais la plupart des entrepreneurs s’y prennent plutôt très mal. Voici ce que révèle une enquête que nous avons réalisé pour vous au Bénin, au Sénégal, au Niger, au Burkina Faso et au Mali. Voici ce qu’on retient de la PME africaine

 

Ils cherchent d’abord de l’argent

 

« Je ne vous mentirai pas ; une entreprise existe d’abord pour créer de la richesse. Je ne peux pas m’empêcher de gagner l’argent. Je recherche les meilleures opportunités pour gagner de l’argent » confirme Amadou SEIDOU, jeune transitaire et déclarant en douane au Bénin. Il n’y a rien de plus normal. Mais il y a un détail important. Monsieur Théodore Alladagbin, Directeur du Programme CAMPUS BENIN, une institution d’appui à la création et au développement des PME au Bénin, précise que « loin d’être créatrice d’emploi, l’entreprise est d’abord de valeur ». Il y a ici une différence fondamentale entre la création de valeur et la recherche de l’argent. Une chose reste sûre, toute entreprise qui arrive à créer de la valeur ne peut pas ne pas gagner de l’argent.

 

Ce que l’on reproche aux entrepreneurs africains c’est qu’ils se lancent dans une quête effrénée de l’argent avec une cupidité qui rappelle parfois la faim du loup. La mauvaise nouvelle c’est que cette recherche d’argent au détriment de la création de la valeur leur fait commettre des erreurs. Combien de marque africaine solide, imposante à l’étranger dénombre-t-on dans le monde ? On connaît TATA l’indien, devenu célèbre dans la fabrication des automobiles à prix décent. C’est cela la valeur à créer et aussi longtemps que nous rechercherons de l’argent et rien que l’argent nous ne sauront prendre les dispositions nécessaires pour créer de la valeur, créer des marques qui traversent les frontières. C’est cela la vraie entreprise !

 

Ils entreprennent sans vision

 

Nous avons interrogé trois entrepreneurs à succès au Niger, nous avons été désagréablement surpris de voir qu’aucun d’entre eux ne pouvaient nous dire avec précision quelle est sa vision, quels sont les besoins qu’ils travaillent à satisfaire. L’autre remarque c’est qu’ils sont dans plusieurs secteurs à la fois, sans profiter un temps soit peu, de l’économie d’échelle. L’un d’entre eux est dans le transport (camion Cotonou - Niamey), dans l’immobilier et importe des pneus d’occasions. Visiblement, il investit dans tous les secteurs porteurs et à sa portée. Rien de plus normal, mais quelle est la portée de sa vision ?

 

Au cours de la conférence des partenaires de la Société Financière Internationale , tenue à Mumbai en novembre 2007, un industriel indien confia aux consultants présents que son entreprise travaillait à fabriquer des produits avant que les clients n’en éprouvent le besoin. Il précise que l’anticipation est au cours de chacun de leur processus. Il ne peut pas y avoir quelque chose de plus claire « Produire avant que les gens n’en aient besoin – et pour y arriver, il faut anticiper ». C’est la difficulté énorme. La vision est une illusion dans la PME africaine. On ne s’en plaint pas mais il n’y a pas de vent favorable pour celui qui ne sait où il va. Hermann H. CAKPO, Consultant en gestion des PME, précise « Le besoin de concentration nous oblige à la définition d’une vision claire. A H&C Business Technologies, nous avons choisi de vulgariser les meilleures pratiques de gestion. Et nous ne faisons que tout ce qui y concourent ».

 

L’entrepreneur est un patriarche

 

Chaque entreprise africaine est presque un empire et le chef d’entreprise en est l’empereur. Il décide de tout et tout passe par lui. Il impose ses règles, ses méthodes et en son absence, la vie s’arrête dans l’entreprise et vous n’y pouvez rien. Mieux, l’entreprise en prétexte pour ne pas honorer ses engagements. On l’a vu ici ; une entreprise s’est abstenue d’honorer ses engagements envers l’Etat sous prétexte que le Président Directeur Général est absent. C’est une excellente excuse, mais c’est la preuve que le pouvoir est concentré dans la main d’une seule personne.

 

« Chez nous c’est le patron qui décide de tout » nous confie Bintou Ouedraogo, supposée responsable commerciale dans une entreprise agroalimentaire au Burkina Faso. Et quand on lui demande pourquoi elle se résout à un rôle de marionnette, elle répond perplexe : « Quand quelqu’un a son entreprise, on ne peut pas l’empêcher d’en faire ce qu’il veut et de s’y mettre avec lui-même si vous voyez qu’il est entrain de faire le mauvais choix. De toutes les façons, vos commentaires et suggestions n’y changeront rien. Il vaut mieux se taire et obéir ». El Hadj Afferedjimi est un jeune directeur général au Bénin. Pour lui qui est passé par des directeurs généraux qui décident de tout et tout seuls avant de créer sa propre entreprise « parce qu’on ne peut pas tout connaître, il faut au moins bénéficier des bêtises des autres. La gestion unilatérale est une déperdition ».

 

La confusion de patrimoine est la première caractéristique

 

« Vous les voyez en ville avec tous les chéquiers de l’entreprise. Ils peuvent le faire pour des raisons de sécurité, mais là où le bas blesse c’est quand ils effectuent des dépenses en ville en émettant un chèque à partir du compte de l’entreprise sachant que la dépense est personnelle et pis la dépense n’est pas enregistrée et ne sera pas enregistrée dans la comptabilité de l’entreprise. Le comptable reste au bureau se trompe et se trompera sur la situation réelle de la trésorerie de l’entreprise jusqu’au jour où il obtient le relevé de compte à la banque. Je crois que c’est un risque énorme » explique Oswald Chodaton, Expert Comptable stagiaire. « Vous avez prévu de régler un fournisseur ; mais parce que le ciment est terminé sur le chantier de la maison du patron, il faut suspendre le remboursement de votre fournisseur au profit de l’achat du ciment. Moi j’ai attiré l’attention de mon patron sur ce fait ; il n’a jamais voulu m’écouter. Aujourd’hui l’entreprise traverse une crise de trésorerie que nous avons vraiment du mal à gérer. Même là encore, le peu de liquidité que nous avons est d’abord utilisé pour les besoins personnels du patron », se plaint le comptable d’une entreprise de vente de produits informatiques au Bénin.

 

L’entreprise est d’abord familiale avec une gestion familiale

 

Le chef d’entreprise se confond au chef de famille. La première dame est bien présente dans l’entreprise et joue à la bonne gardienne de la tradition. « Vous n’y pouvez rien ; on crie sur vous comme si vous étiez les petits-enfants de la grande concession ; quand ce n’est pas le fils c’est la mère et quand ce n’est pas la mère c’est le cousin chef service qui vous rappelle par son comportement que l’entreprise est à eux et qu’ils y recrutent qui et quand ils veulent » confie Fatoumata, secrétaire dans une grande entreprise d’importation de matériaux de construction au Mali.

 

« Pendant les réunions, vous pouvez voir comment les rivalités au sein de la famille sont transportées dans l’entreprise » note, Christian, chargé de formation dans un cabinet au Bénin. « L’entreprise est le lieu où l’objectivité doit contribuer à la révélation de comportements qui concourent efficacement à la performance ; quand la subjectivité y pond ses œufs, il sera difficile de produire du résultat ; et c’est le vrai problème de l’entreprise africaine. La famille ne peut pas être transposée en entreprise » précise Emmanuel VIEYRA, consultant en restructuration et organisation d’entreprise.

 

La structure organisationnelle est absente

 

On ne sait pas qui fait quoi et on ne sait pas qui est qui. Le comptable est envoyé à toutes les commissions et va négocier des marchés. Le planton lave la voiture du DG. Le commercial fait des photocopies et décompte les encaissements. Rien de cela n’est mauvais en soit. On peut décider dans le cadre de la définition des tâches attribuées à un employé qui fasse plusieurs choses à la fois – peut-être incompatibles ? Mais la mauvaise nouvelle avec la PME africaine c’est que les fonctions ne sont pas clairement définies. « Notre gérant est tout à la fois. Il tient la caisse, il remplit et signe les chèques – il est le seul à renseigner ses « clients importants » - ce que je ne regrette pas c’est d’être payée pour faire peu de chose », regrette Aminata, comptable dans un hôtel à Niamey.

 

L’improvisation est la bonne méthode de gestion

 

L’entreprise n’a pas de vision, ce n’est pas trop grave. Mais l’entreprise n’a pas de plan de route. La gestion budgétaire se fait au quotidien. Quand tout va bien et que l’argent rentre, la continuité dans les méthodes est chose garantie. Quand viennent les difficultés, toutes les méthodes utilisées jusque-là - et quel que soit le domaine- sont passées pour mauvaises. « C’est vrai que pour celui qui ne sait où il va on ne peut pas parler de plan. On ne saurait parler de bilan non plus. Mais si c’est bien cela, acceptez que nous ne parlions pas de gestion donc ! » se désole Hermann H. CAKPO , consultant de gestion des PME.

 

Tout s’improvise. Tous les membres de l’entreprise, et le chef d’entreprise en tête, sont des hommes de terrain. « C’est le terrain qui commande ! » Et puisque c’est le terrain qui commande on ne prépare rien donc.

 

La ressource humaine est bafouée

 

Employé = serf ? On peut facilement répondre « oui ». Un directeur d’entreprise, il est quand même Master en Gestion des Entreprise, mais comme il est en Afrique, il a pu dire un jour à ses employés « De toutes les façons, vous avez le choix si vous voulez : il y a des gens qui attendent depuis 4 ans mais sont obligés de donner des cours dans les collèges. Vous au moins, vous avez 100.000 CFA – réjouissez-vous en ! Celui qui veut partir peut venir me présenter sa démission ». « Je n’oublierai jamais ces mots. Ils résonnent encore à mon tympan. Mais c’était le bon déclic. J’en ai profité pour partir et je ne le regrette pas », nous confie Eric, actuellement gérant d’une entreprise de consommables informatiques au Bénin. On crie sur les gens. Ils sont traités en enfant. Ils n’ont pas de décision à prendre, ils n’ont pas de cahier de charge précis et ils sont bons pour tout faire au bon vouloir du chef d’entreprise et de sa famille.

 

Que sera l’entreprise africaine en 2020 ?

 

                                                                                          Extrait du Magasine "IMPULSION DES PME"

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